De nombreux lieux de la commune de Faverolles nous ramènes

sur les Traces de Jean Valjean. Voici un article réalisé en 2010 illustrant cela.

(Tous nos remerciements à Mr François Boulerand et Mr Jacques Hersant, signataires de cet article).

Sur les traces de Jean Valjean

sur les traces de valjeanLE PRESBYTERE

Cette maison contiguë à l’église était autrefois le presbytère, qui ici, a toute une histoire. Figurez-vous qu’en 1840 un cambriolage y fut commis. Rien d’extraordinaire à cela me direz-vous, les cambriolages étaient déjà fréquents à cette époque et le procès verbal de la constatation des faits a été retrouvé dans les archives de la Mairie.

C’est en retrouvant ce procès verbal que la secrétaire de Mairie, un siècle plus tard a établi le rapprochement entre ces faits et ce que l’on retrouve dans Les Misérables, l’œuvre maîtresse de Victor Hugo.

Il faut savoir que l’ancien Curé de l’époque ayant sans doute entretenu des liens avec son successeur se tenait au courant de ce qui se passait dans son ancienne paroisse et que ce curé écrivain et poète à ses heures, correspondait avec Victor Hugo. Ce dernier avait d’ailleurs accepté de dédicacer un ouvrage publié par ce Curé, l’abbé Venard.

Donc, tout naturellement, on est amené à penser que Victor Hugo a pu être mis à au courant de ce fait divers de notre commune et s’en être servi pour le transposer  à sa manière et en faire l’intrigue du début de son roman. Dans les Misérables, il est dit que le vol portait sur des couverts, des chandeliers et des sommes importantes pour l’époque, or c’est précisément ce qui fut volé si l’on se rapporte au procès verbal de la constatation fait par le Maire. A Faverolles, les couverts furent retrouvés enterrés dans les bois. Dans Les Misérables, M. Madeleine a enterré son trésor dans les bois.

Puis, dans les comptes rendus de procès verbal, on trouve également ici des vols de pain comme cela est relaté dans le roman. Tout cela est assez troublant et donne à penser que les relations de l’Abbé Venard avec l’écrivain étaient assez étroites, à chacun de se faire une opinion.

Ajoutons qu’à l’époque, un habitant d’ici a été envoyé au bagne et qu’il y est mort mais nous ignorons le motif de sa condamnation. Par ailleurs, le véritable voleur a été retrouvé et a été lui aussi condamné aux travaux forcés mais n’y est pas parvenu, décédant sur le bateau qui l’y emmenait.

Le presbytère devenu bien de la commune après la séparation de l’Eglise et de l’Etat fut vendu a un policier à la retraite qui lui-même le revendit à l’écrivain François Nourissier lequel s’en sépara en le cédant à un autre écrivain Julien Green.

 

LA CROIX DU SQUARE

Ne croyez pas que la présence de cette croix, à l’endroit où elle se trouve, remonte à la nuit des temps. Suite à un don fait à la commune en 1992, le terrain où elle se trouve et qui fait maintenant partie du square (l’ancien cimetière) se nommait « le vicariat ». Sans doute le vicaire qui devait habiter tout près de là venait y cultiver ses salades ou ses choux et pourquoi pas ses fèves ? Un mur, maintenant disparu, séparait le jardin du cimetière et l’agrandissement du square a été bénéfique.

Or, il se trouve qu’au moment de la cession du terrain à la commune, une personne possédant une résidence secondaire à Faverolles décidait de vendre sa propriété pour aller en maison de retraite. Cette personne avait dans son jardin une croix de pierre provenant de la région de Nancy, dont elle était originaire et ne trouva mieux à faire que de l’offrir au Maire avec la mission d’en faire bon usage. Dès lors il paraissait opportun de l’ériger sur le vicariat, encore lui fallait il trouver un support.

Le Maire avait remarqué que gisait depuis des années sur la place de l’Eglise de St Laurent une pierre qui correspondait au besoin. Il suffirait de l’acquérir, ce qui fut fait avec l’assentiment du Conseil Municipal de St Laurent.

L’assemblage a été réalisé par un artisan local. Sachez toutefois que d’après son ancienne propriétaire, cette croix était contemporaine des Templiers. C’est une croix à double face représentant la Sainte Vierge sur une face et le Christ crucifié sur l’autre. Malheureusement cassée en biseau depuis probablement fort longtemps, le Christ était amputé de sa partie inférieure et un « bricolage » a été fait pour y remédier tant bien que mal.

Comme vous voyez la croix doit être à peu près millénaire mais son support lui est beaucoup plus ancien.

D’après des spécialistes ce serait une borne Milliaire, donc une voie romaine devait passer dans les parages. Croix millénaire, colonne bimillénaire, cela n’a pas empêché d’implanter le tout près de l’Eglise de Faverolles à l’aube du troisième Millénaire ! Avec du temps et de la patience, n’arrive t’on pas à tout ?

 

LE LAVOIR

Le lavoir érigé ici n’est sans doute que le successeur de plusieurs autres car ce lieu, de par ses sources, est favorable au rinçage du linge et doit avoir été utilisé à cette fin depuis la nuit des temps.

Traditionnellement, on venait puiser à la source principale l’eau de consommation car elle était réputée par ses qualités et sa pureté.

Entre les guerres de 14-18 et 39-40 un médecin, le docteur Flandrin propriétaire des Oseraies, avait fait analyser  cette eau de source et prétendait qu’il était inutile de se procurer le l’eau d’Evian, car disait-il, celle d’ici a les mêmes qualités.

Hélas, l’utilisation des engrais, chimiques ou non, ainsi que la multiplication des fosses septiques, ont fini par la gâter.

Peut être, viendra t’il un temps ou l’assainissement aidant ainsi qu’une utilisation plus parcimonieuse des engrais, la qualité de cette eau s’améliorera.

Des laveuses, il ne reste que le souvenir, les lave-linge les ont remplacées et c’est bien ainsi. Leur travail en toutes saisons n’était pas tendre, mais pour le passant, le bruit des clapotis et les  claques  des battoirs avaient aussi leur charme.

Pour le dit passant, mieux valait-il  pour lui ne pas entendre les commentaires dont il ne manquait pas de faire l’objet, car ici les langues marchaient au rythme des battoirs, je crois que seul le linge était blanchi !

 

LES OSERAIES

Les Oseraies, devenu avec le temps cette importante demeure bourgeoise était autrefois une ferme fortifiée, l’accès était alors protégé par un pont levis.

A l’époque de la révolution Française, elle était la propriété de la famille de la Rochefoucauld qui possédait également le château du Thuilay. Mais l’ombre du matériel mis au point par le docteur Guillotin ne les rassurant pas, ils préférèrent s’éloigner de France, c’était sans doute plus prudent.

Avant de partir, ils confièrent tous leurs biens à leur homme de confiance qui exploitait la ferme fortifiée des  Oseraies et lorsqu’ils revinrent quelques années plus tard, ils purent constater que tous leurs biens avaient été sauvegardés. Comme ils avaient la tête sur les épaules, ils eurent un geste de reconnaissance, cela s’imposait, c’est ainsi que par leur don, monsieur Lailler, leur fermier, devint propriétaire des Oseraies.

Monsieur Laillier devint par la suite Maire de Faverolles. Quant aux Oseraies, ses propriétaires successifs ont toujours eu à cœur de l’entretenir avec amour et le charme n’a pas été rompu par ses actuels propriétaires.

 

LA TABLE DU ROI

Les faits que je vais relater  sont arrivés jusqu’à moi par la tradition orale. Or celle-ci peut toujours être mise en doute mais si par exemple il s’agit de faits  s’étant déroulés avant la Révolution de 1789, ils ne sont pas si éloignés que cela.

Je prends l’exemple de ce qui m’a été transmis par des personnes de 80 ans  il y a une soixantaine d’années de cela. Ils pouvaient évoquer des faits transmis dans leur enfance par des personnes octogénaires. Faisons le compte 60 ans + 80 soit 140 ans depuis leur enfance, nous voilà arrivés vers les années 1870. Que leurs grands parents aient évoqué devant eux des évènements s’étant déroulés à la fin du 18° siècle, cela n’aurait rien d’étonnant. Ce qui s’était déroulé à l’époque de la Révolution n’était pas plus éloigné pour eux que ne le sont pour nous les souvenirs de la guerre 14-18. Etant nés peu après la fin de cette guerre, Dieu sait si nous en avons entendu parler !

Voici ce qui m’a été rapporté, cela se passait sans doute vers les années 1780. Il parait que Louis XVI est venu chasser au Thuilay, je n’ai aucun autre détail à fournir mais la pierre qui se trouve à ce carrefour a été appelée depuis « la table du roi ». Sans doute, est-ce sur cette pierre que l’on déposa les victuailles destinées à satisfaire le royal appétit du Souverain.

Au même endroit a été érigée une colonne comportant une niche destinée à recevoir une statue. C’est celle de la Vierge qui y fut placée donnant ainsi à l’endroit le nom du « carrefour de la Vierge ».

Pas très loin d’ici, sur la commune de Senantes il y a une petite chapelle construite près d’une source. Ce fut longtemps un lieu de pèlerinage très fréquenté. Partant de villages des environs les pèlerins venaient en processions. On prétend que venant de La Hauteville, la procession s’arrêtait au carrefour de la Vierge et que selon le développement des arbres on  y aperçoit les flèches de la cathédrale de Chartres. Les pèlerins de la Hauteville ne manquaient pas d’entonner en chœur et en latin un cantique à la Vierge, Salve Regina Mater misericordie, etc…

Dans  ces bois, il y a souvent du grand gibier, la forêt de Rambouillet est toute proche, on peut donc rencontrer cerfs, biches, chevreuils ainsi que des sangliers. Le petit  gibier y pullule mais c’est ici une chasse privée donc réservée aux seuls actionnaires.

 

LA LUNE

Remontant encore plus loin dans le passé, on peut considérer que dans ces bois les Druides venaient y célébrer leur culte. Il se trouve non loin d’ici une partie dominante nommée « la lune » c’était l’endroit privilégié pour les cérémonies Druidiques. Avec le temps la coutume s’était perpétuée de s’y réunir aux environs de l’équinoxe de printemps, mais pour la protection de la nature elle  a été abandonnée.

 

LE GROS CHÊNE « JEAN VALJEAN »

Gros chêne
Gros chêne en 1912

Le gros chêne, c’est une curiosité locale, souvent le but d’une promenade en famille. C’est le rendez-vous des chasseurs et peut être aussi à certaines heures, celui des amoureux.

C’est aussi au printemps le lieu ou se rencontrent les cueilleurs de jonquilles,  car étant pratiquement la première fleur de l’année, nombreux sont ceux qui viennent la chercher pour égayer un peu leur maison. Après l’hiver c’est donc un point de repère dans le bois du Thuilay, ce gros chêne, et s’il voulait raconter son histoire, il y en aurait sans doute pour un bon moment. Pensez donc, en 700 ans (c’est l’âge que lui donnent les spécialistes), il a été le témoin de bien des évènements !

Mais parmi tous ces évènements il en est un qui aurait bien pu le faire disparaître et comme vous allez le voir ce fut pour lui cuisant car c’est par le feu qu’il fut sérieusement menacé et à deux doigts de disparaître.

 

Cela a dû se passer vers les années 1918 ou peu après. A cette époque des prisonniers de guerre Allemands étaient employés dans une ferme de Faverolles. Leur lieu de travail, à proximité de cet arbre, se trouvant trop éloigné de leur lieu d’hébergement, leur déjeuner leur était remis le matin, à charge pour eux de le réchauffer. Par maladresse, manque de prudence ou que sais-je, le feu allumé trop près de l’arbre s’y communiqua, il fut éteint mais laissa des traces.

Il fallut pour sauver l’arbre colmater la plaie avec du ciment, le traitement était risqué mais il a réussi.

Des témoins se souvenant de l’importance de la plaie peuvent encore dire que la largeur du pansement était au moins de 80 cm. En trois quarts de siècle le bois repoussant, on ne voit plus le ciment que sur à peine 40 cm. On peut dire que cet accident n’a pas altéré la santé de notre arbre, car actuellement il se porte encore très bien. Comme un charme pourrait on dire, mais surtout ne le dites pas devant lui, cela pourrait l’offenser !

 

LE VOL DES COUVERTS EN ARGENT ET DES CHANDELIERS

document d'époqueL’an mil huit cent quarante le samedi 15 février, à six heures du soir

Devant nous Nicolas  Jean Gibot Maire de la Commune de Faverolles

 est comparu Mr Alexandre Henri Perdreau Curé desservant de

 cette Commune, lequel nous a déclaré que le soir à la même heure, rentrant

 chez lui à son retour de Nogent, il a trouvé un carreau cassé à la

 1ère croisée qui donne dans sa cour.

D’après sa déclaration, nous nous sommes rendu au Presbytère,

  accompagné de notre adjoint, …

 

(espace à compléter par les amateurs de calligraphie)

 

… Mr Perdreau nous a déclaré qu’on lui avait soustrait

1° douze cuillers en argent et neuf fourchettes marquées des lettres

A-P,   2° une montre ancienne à boîte d’argent à …

3° quatre cent vingt francs en or ; 4° environ trois cents francs

 argent dans différents tiroirs du secrétaire ; 5° deux chandeliers

 en cuivre argenté ; …

Les douze cuillères et neuf fourchettes en argent marquées des initiales A.P. ont été découvertes dans les bois du Thuilay, commune de Faverolles, le trente un janvier mil huit cent quatre vingt et  ont été remises aux héritiers de Mr Perdreau le 7 Mars 1896 par acte du notaire Henri Marie Dupont à Dreux.

 

LES TRACES DE CÉSAR JEAN, FORÇAT MORT AUX ILES DU SALUT

document d'époque

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES TRACES DE FAVEROLLES DANS « LES MISERABLES »

Les Misérables est un roman de Victor Hugo paru en 1862, en voici quelques extraits.

 

PREMIÈRE PARTIE

Livre premier – Un juste

VI   PAR QUI IL FAISAIT GARDER SA MAISON

… Deux portraits dans des cadres ovales étaient accrochés au mur des deux côtés du lit. De petites inscriptions dorées sur le fond neutre de la toile à côté des figures indiquaient que les portraits représentaient, l’un, l’abbé de Chaliot, évêque de Saint-Claude, l’autre, l’abbé Tourteau, vicaire-général d’Agde, abbé de Grand-Champ, ordre de Cîteaux, diocèse de Chartres. L’évêque, en succédant dans cette chambre aux malades de l’hôpital, y avait trouvé ces portraits et les y avait laissés.

La commune de Grandchamp est située à 5 kilomètres au nord de Faverolles.

 

… Il faut convenir cependant qu’il lui restait de ce qu’il avait possédé jadis six couverts d’argent et une grande cuiller à soupe que madame Magloire regardait tous les jours avec bonheur reluire splendidement sur la grosse nappe de toile blanche. Et comme nous peignons ici l’évêque de Digne tel qu’il était, nous devons ajouter qu’il lui était arrivé plus d’une fois de dire: -Je renoncerais difficilement à manger dans de l’argenterie.

Il faut ajouter à cette argenterie deux gros flambeaux d’argent massif qui lui venaient de l’héritage d’une grand’tante. Ces flambeaux portaient deux bougies de cire et figuraient habituellement sur la cheminée de l’évêque. Quand il avait quelqu’un à dîner, madame Magloire allumait les deux bougies et mettait les deux flambeaux sur la table.

Il y avait dans la chambre même de l’évêque, à la tête de son lit, un petit placard dans lequel madame Magloire serrait chaque soir les six couverts d’argent et la grande cuiller. Il faut dire qu’on n’en ôtait jamais la clef.

L’évêque de Digne possédait six couverts d’argent et deux chandeliers.

 

Livre deuxième – La chute

III   HÉROISME DE L’OBÉISSSANCE PASSIVE

… Voici. Je m’appelle Jean Valjean. Je suis un galérien. J’ai passé dix-neuf ans au bagne. Je suis libéré depuis quatre jours et en route pour Pontarlier qui est ma destination. Quatre jours que je marche depuis Toulon.

 

VI   JEAN VALJEAN

… Vers le milieu de la nuit, Jean Valjean se réveilla.

Jean Valjean était d’une pauvre famille de paysans de la Brie. Dans son enfance, il n’avait pas appris à lire.

Quand il eut l’âge d’homme, il était émondeur à Faverolles. Sa mère s’appelait Jeanne Mathieu; son père s’appelait Jean Valjean ou Vlajean, sobriquet probablement, et contraction de Voilà Jean.

Jean Valjean était émondeur à Faverolles.

 

… Un dimanche soir, Maubert Isabeau, boulanger sur la place de l’église, à Faverolles, se disposait à se coucher, lorsqu’il entendit un coup violent dans la devanture grillée et vitrée de sa boutique. Il arriva à temps pour voir un bras passé à travers un trou fait d’un coup de poing dans la grille et dans la vitre. Le bras saisit un pain et l’emporta. Isabeau sortit en hâte; le voleur s’enfuyait à toutes jambes; Isabeau courut après lui et l’arrêta. Le voleur avait jeté le pain, mais il avait encore le bras ensanglanté. C’était Jean Valjean.

Ceci se passait en 1795. Jean Valjean fut traduit devant les tribunaux du temps pour « vol avec effraction la nuit dans une maison habitée ».

Jean Valjean vole un pain à Faverolles.

 

… Jean Valjean fut déclaré coupable. Les termes du code étaient formels. Il y a dans notre civilisation des heures redoutables; ce sont les moments où la pénalité prononce un naufrage. Quelle minute funèbre que celle où la société s’éloigne et consomme l’irréparable abandon d’un être pensant. Jean Valjean fut condamné à cinq ans de galères.

Jean Valjean fut condamné aux galères.

 

XI   CE QU’IL FAIT

… Tout à coup Jean Valjean remit sa casquette sur son front, puis marcha rapidement, le long du lit, sans regarder l’évêque, droit au placard qu’il entrevoyait près du chevet; il leva le chandelier de fer comme pour forcer la serrure; la clef y était; il l’ouvrit; la première chose qui lui apparut fut le panier d’argenterie; il le prit, traversa la chambre à grands pas sans précaution et sans s’occuper du bruit, gagna la porte, rentra dans l’oratoire, ouvrit la fenêtre, saisit son bâton, enjamba l’appui du rez-de-chaussée, mit l’argenterie dans son sac, jeta le panier, franchit le jardin, sauta par-dessus le mur comme un tigre, et s’enfuit.

Jean Valjean vole l’argenterie.

 

XII   L’ÉVÊQUE TRAVAILLE

… -Monseigneur… dit-il.

A ce mot, Jean Valjean, qui était morne et semblait abattu, releva la tête d’un air stupéfait.

-Monseigneur! murmura-t-il. Ce n’est donc pas le curé…

-Silence! dit un gendarme. C’est monseigneur l’évêque.

Cependant monseigneur Bienvenu s’était approché aussi vivement que son grand âge le lui permettait.

-Ah! vous voilà! s’écria-t-il en regardant Jean Valjean. Je suis aise de vous voir. Eh bien mais ! je vous avais donné les chandeliers aussi, qui sont en argent comme le reste et dont vous pourrez bien avoir deux cents francs. Pourquoi ne les avez-vous pas emportés avec vos couverts ?

 L’évêque donne les deux chandeliers à Jean Valjean.

 

Livre sixième – Javert

II   COMMENT JEAN PEUT DEVENIR CHAMP

… Nous y étions ensemble. -Le Champmathieu nie. Parbleu! vous comprenez. On approfondit. On me fouille cette aventure-là. Voici ce qu’on trouve: ce Champmathieu, il y a une trentaine d’années, a été ouvrier émondeur d’arbres dans plusieurs pays, notamment à Faverolles. Là on perd sa trace. Longtemps après, on le revoit en Auvergne, puis à Paris, où il dit avoir été charron et avoir eu une fille blanchisseuse, mais cela n’est pas prouvé; enfin dans ce pays-ci. Or, avant d’aller au bagne pour vol qualifié, qu’était Jean Valjean ? émondeur. Où ? à Faverolles. Autre fait. Ce Valjean s’appelait de son nom de baptême Jean et sa mère se nommait de son nom de famille Mathieu. Quoi de plus naturel que de penser qu’en sortant du bagne il aura pris le nom de sa mère pour se cacher et se sera fait appeler Jean Mathieu ? Il va en Auvergne. De Jean la prononciation du pays fait Chan, on l’appelle Chan Mathieu. Notre homme se laisse faire et le voilà transformé en Champmathieu. Vous me suivez, n’est-ce pas ? On s’informe à

Faverolles. La famille de Jean Valjean n’y est plus. On ne sait plus où elle est. Vous savez, dans ces classes-là, il y a souvent de ces évanouissements d’une famille.

 

Livre septième – L’affaire Champmathieu

III   UNE TEMPÊTE SOUS UN CRANE

… Il réussit à disparaître, vendit l’argenterie de l’évêque, ne gardant que les flambeaux, comme souvenir, se glissa

de ville en ville, traversa la France, vint à Montreuil-sur-mer, eut l’idée que nous avons dite, accomplit ce que nous avons raconté, parvint à se faire insaisissable et inaccessible, et désormais, établi à Montreuil-sur-mer, heureux de sentir sa conscience attristée par son passé et la première moitié de son existence démentie par la dernière, il vécut paisible, rassuré et espérant, n’ayant plus que deux pensées: cacher son nom, et sanctifier sa vie; échapper aux hommes, et revenir à Dieu

 

DEUXIEME PARTIE

Livre deuxième

II   OÙ ON LIRA DEUX VERS QUI SONT PEUT-ÊTRE DU DIABLE

… Il en avait conclu que son particulier, entré dans le bois, y avait creusé un trou avec la pioche, avait enfoui le coffre, et avait refermé le trou avec la pelle. Or, ce coffre était trop petit pour contenir un cadavre, donc il contenait de l’argent. De là ses recherches. Boulatruelle avait exploré, sondé et fureté toute la forêt, et fouillé partout où la terre lui avait paru fraîchement remuée. En vain.

Monsieur Madeleine alias Jean Valjean enfouit son argent dans un bois.

 

Livre troisième – Accomplissement de la promesse faite à la morte

VI   QUI PEUT-ÊTRE PROUVE L’INTELLIGENCE DE BOULATRUELLE

… C’est à ce point-là que commence la montée de la colline. L’homme ne rentra pas dans le chemin de Montfermeil ; il prit à droite, à travers champs, et gagna à grands pas le bois.

Quand il fut dans le bois, il ralentit sa marche, et se mit à regarder soigneusement tous les arbres, avançant pas à pas, comme s’il cherchait et suivait une route mystérieuse connue de lui seul. Il y eut un moment où il parut se perdre et où il s’arrêta indécis. Enfin il arriva, dé tâtonnements en tâtonnements, à une clairière où il y avait un monceau de grosses pierres blanchâtres. Il se dirigea vivement vers ces pierres et les examina avec attention à travers la brume de la nuit, comme s’il les passait en revue. Un gros arbre, couvert de ces excroissances qui sont les verrues de la végétation, était à quelques pas du tas de pierres. Il alla à cet arbre, et promena sa main sur l’écorce du tronc, comme s’il cherchait à reconnaître et à compter toutes les verrues.

Vis-à-vis de cet arbre, qui était un frêne, il y avait un châtaignier malade d’une décortication, auquel on avait mis pour pansement une bande de zinc clouée. Il se haussa sur la pointe des pieds et toucha cette bande de zinc.

Puis il piétina pendant quelque temps sur le sol dans l’espace compris entre l’arbre et les pierres, comme quelqu’un qui s’assure que la terre n’a pas été fraîchement remuée.

Cela fait, il s’orienta et reprit sa marche à travers le bois.